J'ai passé un week-end à Arras :
la ville du Nord la plus sous-estimée
30 minutes de Douai. Des places baroques parmi les plus belles de France. Des tunnels de la Première Guerre mondiale qu'on peut visiter aujourd'hui. Et pourtant, Arras n'est dans la conversation de personne. Ce que j'y ai trouvé vous étonnera.
Il m'a fallu plusieurs années pour faire ce que mes pieds pouvaient accomplir en 30 minutes de train. Douai et Arras sont à 28 km. Elles partagent une histoire, un patois, des frites et un beffroi classé UNESCO. Pourtant, je n'ai vraiment "vu" Arras qu'après avoir visité Bruges, Gand et Utrecht. Erreur classique de proximité — on prend pour acquis ce qu'on a trop près de chez soi.
🏛 Les deux places — le premier choc visuel
Arras a deux places reliées entre elles : la Grande Place et la Place des Héros. Ensemble, elles forment l'un des plus grands ensembles architecturaux baroques flamands hors Belgique. 155 façades du XVIIe siècle, toutes reconstruites à l'identique après la Première Guerre mondiale — Arras avait été détruite à 80 %.
Je m'arrête toujours sur ce point parce qu'il change radicalement la lecture de ces places : ce que vous voyez n'est pas médiéval, c'est une reconstruction de l'entre-deux-guerres réalisée avec une précision architecturale vertigineuse. Les Arrageois ont refusé de "moderniser" leur ville détruite. Ils l'ont reconstituée pierre par pierre. C'est un acte de résistance culturelle autant qu'une prouesse technique.
Le marché du samedi matin sur ces deux places est l'un des plus beaux marchés du Nord. Producteurs locaux, fromages du Pas-de-Calais, charcuteries artisanales. J'arrive à 9h, je fais le tour avec un café dans la main, je repars avec un Maroilles et une flamiche.
Ce que j'ai mis du temps à comprendre sur les arcades
Les façades des deux places reposent sur des arcades au rez-de-chaussée — des piliers de pierre sous lesquels les commerçants pouvaient vendre même sous la pluie (pratique dans le Nord). Ces arcades ont été intégralement reconstruites après la guerre. Aujourd'hui, sous ces arcades, des restaurants, des brasseries, des boutiques. Un soir d'automne pluvieux, les terrasses couvertes des restaurants sous les arcades sont la meilleure chose qu'Arras offre.
🗼 Le beffroi d'Arras — cousin du beffroi de Douai
Les deux villes partagent le même classement UNESCO — les beffrois de Belgique et de France. Celui d'Arras est plus haut (75 mètres contre 61 à Douai), mais il appartient à l'Hôtel de Ville et se visite en montant dans la tour. La vue sur les deux places et les toits de la ville depuis la plateforme est l'une des plus belles perspectives du Nord de la France.
La montée est accessible à pied ou en ascenseur (pratique pour les enfants et les personnes à mobilité réduite — avantage sur le beffroi de Douai qui ne propose pas cette option). En haut : vue panoramique jusqu'aux terrils du bassin minier par temps clair.
🕳 Les Boves — Arras est creuse comme un gruyère
Sous les deux places, sous les maisons, sous les rues — il y a un réseau de souterrains médiévaux qu'on appelle "les Boves". Creusés à partir du Xe siècle dans la craie, ils servaient de caves, d'entrepôts, de lieux de réunion. Pendant la Première Guerre mondiale, les Britanniques les ont agrandis pour abriter des milliers de soldats avant les batailles.
La visite des Boves se fait depuis l'Hôtel de Ville — 45 minutes sous terre, température constante (11°C), éclairage théâtral. C'est court, bien fait, et ça prépare mentalement à la Carrière Wellington qui sera l'expérience forte du séjour.
⚔ La Carrière Wellington — l'expérience la plus forte du week-end
Je ne savais pas que quelque chose me toucher autant dans un musée de guerre. La Carrière Wellington n'est pas un musée sur la guerre — c'est la guerre elle-même, conservée.
En 1917, des mineurs néo-zélandais ont creusé un réseau de tunnels depuis les Boves médiévaux jusqu'aux lignes de front, permettant de faire passer 24 000 soldats britanniques sous les lignes allemandes la nuit avant la bataille d'Arras. Le 9 avril 1917, ces soldats ont émergé de terre à quelques mètres des positions ennemies. L'effet de surprise a été total.
Ce qu'on visite aujourd'hui, c'est un de ces tunnels — intégralement conservé avec les graffitis des soldats sur les murs (noms, régiments, dates), les salles de repos, les infirmeries de fortune. Le guide raconte avec des mots simples ce que vivaient ces hommes à quelques mètres sous le champ de bataille. Je suis ressorti 1h30 plus tard dans un silence complet.
📋 Mon itinéraire week-end à Arras
💶 Budget week-end à Arras (2 personnes)
| Poste | Détail | Coût |
|---|---|---|
| 🚆 Train Douai–Arras (×2 aller-retour) | ~5 € l'aller, TER | ~20 € |
| 🏨 Nuit (si week-end avec hébergement) | Hôtel 2–3★ centre-ville | 70–100 € |
| 🗼 Beffroi + Boves | Tarif combiné Hôtel de Ville | ~18 € |
| ⚔ Carrière Wellington | 13 € × 2 | 26 € |
| 🍽 Déjeuner + dîner (sam.) + déjeuner (dim.) | Estaminets sous les arcades | 80–120 € |
| ☕ Café, marché, boulangerie | Divers | 20 € |
| Total 2 personnes | 234–304 € | |
🤔 Arras vs Douai — ce que chaque ville fait mieux
Je suis attaché à Douai — c'est le cœur de ce site. Mais ce serait malhonnête de ne pas reconnaître ce qu'Arras fait mieux. Et réciproquement.
🏆 Arras fait mieux
- 🏛 Les deux places baroques — plus spectaculaires
- ⚔ Carrière Wellington — unique en France
- 🎭 Festival des arts de la rue (juillet) — énorme
- 🏨 Plus d'hôtels de charme dans le centre historique
🏆 Douai fait mieux
- 🎶 Carillon et concert du samedi — unique
- 🎭 Fêtes de Gayant — tradition plus ancienne et plus grande
- 🚣 Bords de Scarpe — plus agréables pour se promener
- ⛏ Centre Minier Lewarde — patrimoine UNESCO exceptionnel
Arras fait le plein — et Douai ouvre sur le monde
Depuis Lille-Lesquin, à 35 km de Douai, les Canaries sont à 3h15. Dès 218 €/pers.
🚆 Accès depuis Douai
- 🚆 TER Douai → Arras : 28 km, 30 min
- 🚗 A1 puis N25 : 25 min
- 🅿 Parking Place du Maréchal Foch : gratuit le dimanche